Vue des jeunes

Prenons Emma et Lucas… Ce sont des élèves comme on peut en rencontrer dans toutes les écoles.

Aujourd’hui, Emma est très fière, elle vient d’obtenir son CEB. Toutes ses années primaires sont pleines de bons souvenirs, c’était simplement merveilleux. Elle participait à tout, tout le temps car elle a toujours aimé apprendre et s’enrichir au maximum par de nouvelles connaissances mais à son rythme, sur ce qui la passionnait. Maintenant, tout cela est fini, il va falloir entrer dans le cycle secondaire.

 

Lucas, lui, y est déjà depuis 5 ans maintenant; il vient d’obtenir péniblement son CE2D, ça fait bien longtemps que toute trace de motivation a disparu de sa vie scolaire.

Très régulièrement ces questions lui reviennent: “qu’est-ce que je fais là ?”. “Pourquoi est-ce que je suis obligé de rester assis alors que je veux courir là maintenant? Pourquoi apprendre ces trucs dont je n’ai rien à faire, ou trop compliqués, ou parfois, voire souvent, trop faciles ?”.

C’est devenu difficilement supportable, et ça provoque une réaction différente selon les cours : parfois c’est un cerveau en mode veille, en attendant que ça passe ; parfois ce sont des jeux et des discussions avec les voisins et les voisines ; parfois c’est un comportement insupportable, jusqu’à l’espoir d’être mis à la porte, histoire de prendre l’air.

Bien sûr, la réponse à ses question il la connaît, il est là pour apprendre (ou ingurgiter?) la matière nécessaire à l’obtention du diplôme mais n’y a-t-il pas d’autres manières de l’obtenir? N’existe-t-il pas un autre chemin? Une école qui lui permettrait d’avancer avec motivation, de voir la matière sous un angle différent en l’incluant dans divers projets concrets pour gagner en intérêt et en tirer quelque chose.

Pour ses professeurs, ce n’est pas agréable, mais comme il y a entre 22 et 25 élèves dans la classe, ils ne peuvent pas passer 2h avec chacun toutes les semaines pour expliquer pourquoi le cours est important, comment faire pour s’en sortir, comment faire pour étudier…

 

La perspective d’entrer dans le secondaire n’est pas du tout réjouissante pour Emma, elle voit bien sa grande sœur qui y est déjà depuis deux ans ainsi que des amis plus âgés qui lui racontent comment ça se passe. Ca n’a pas l’air rigolo du tout avec ce rythme imposé et ces changements de profs pour chaque matière.

En plus Emma aimerait bien créer un mini-golf, et puis jouer dans un groupe de musique la tenterait pas mal aussi. Elle ne se doute pas qu’il faudra faire des maths, des sciences, de l’économie, et probablement de l’informatique, du français et des langues étrangères pour réaliser son rêve. Pour ça, elle serait vraiment motivée et ce serait même agréable de travailler, d’aller jusqu’au bout, pas le minimum, mais faire quelque chose qui rende fier…  Et même s’il fallait mettre un peu de géo ou d’histoire dedans, pour ne pas faire un “simple minigolf” mais un “minigolf qui déchire”, ça l’intéresserait…

 

Lucas aimerait aider Emma à créer son minigolf, et il ne se doute pas qu’en lui expliquant ce dont elle a besoin, il va renforcer largement ses connaissances de base, et ses capacités à synthétiser, travailler en groupe, avoir de l’empathie…

 

Ces deux jeunes ont un point commun: ils ont une autre vision de la vie que celle de l’enseignement traditionnel. Pour eux il ne s’agit pas de se trouver dans un établissement où l’on nous dit ce que l’on a à faire quart d’heure par quart d’heure et puis de rentrer chez soi pour étudier et faire ses devoirs dans un seul but, celui d’obtenir des points. Des points pour quoi d’ailleurs? Ils ne mesurent pas du tout l’intérêt de développement des capacité de réflexion ou même de compréhension. Rien n’est mis en application.

 

L’école n’est pas la seule solution, mais Emma a peur que l’école à la maison ne la rende  un peu asociale, et puis elle préfère travailler en groupe. Il est fort probable que Lucas ne puisse pas l’aider après l’école, parce qu’il aura ses devoirs, ses activités, bref, sa vie.

 

Il n’est pas question pour eux de désobéir à la loi qui impose la réussite du CE1D et du CE2D.

Et aussi bien Emma que Lucas savent très bien que s’il n’y a pas quelqu’un pour les pousser de temps en temps, ce sera impossible de réussir…

 

Pour eux, nous voudrions créer une Coopérative d’aide à la réussite au jury central, où avec d’autres jeunes, quel que soit leur âge, ils pourraient s’expliquer ce qu’ils savent et co-construire leurs savoirs scolaires et non scolaires, réaliser leurs projets de l’imagination à la concrétisation, en trouvant toutes les ressources nécessaires et en même temps, travailler les bases pour réussir le jury central… Nous voudrions leur offrir la possibilité de réussir en apprenant à se servir de leurs échecs afin de leur permettre d’avancer sur le chemin de la réussite de leur projet de vie en toute confiance. Pour eux, nous voudrions offrir la possibilité de travailler “À l’école de la vie”.